HUGH
BATEUP ET L'AVENTURE CONTINUE! Ça fait déjà plusieurs années que nous avons commencé à travailler sur MATRIX et je dois avouer que c'est assez dur de se souvenir des dates exactes. J'ai commencé à travailler sur la suite aux environs de juin 2000. Il nous a fallu un an pour réaliser le premier film entre 1997 et 1998. Je me suis rendu aux Etats-Unis en 1998 pour une série d'interviews dans les locaux de Warner Bros. à Los Angeles. Nous avons pris le Nebuchadnezzar et je suis parti assister à la première de MATRIX à West Hollywood. Dès lors, Joel Silver parlait de la suite de Matrix. Larry et Andy n'avaient cesse de répéter, pendant le tournage du premier film, qu'il s'agissait en fait de trois histoires et que la manière dont serait accueillie la première scellerait le sort des deux autres. L'accueil favorable de Matrix dès sa sortie et le succès qu'a connu le DVD ont permis à Larry et Andy de contacter Owen [Paterson, chef décorateur] dès 1999. Après, ça n'a été qu'une question de temps avant le coup d'envoi et c'était reparti. Owen et moi nous entendons parfaitement sur le plan professionnel. On fait ça depuis si longtemps maintenant. Chacun fait ce qu'il a à faire. Je ne pense pas qu'il y ait quelqu'un d'autre, en dehors de Larry et Andy, qui connaisse aussi bien le scénario et le découpage des scènes que Owen. Owen, James McTeigue [1er assistant réalisateur], Victoria [Sullivan], l'assistante de production, John Gaeta [directeur des effets spéciaux] et moi-même avons certainement passé plus de temps que quiconque à étudier le scénario et les story-boards du film. Nous avons passé énormément de temps aux Etats-Unis. Je pense que Owen a commencé en Australie vers mars 2000 - dans un bureau des studios Fox - puis s'est rendu aux Etats-Unis aux alentours du mois de juin. A partir de là, ils ont constitué une petite équipe composée de Steve Skroce (travaillant sur les story-boards), Geof Darrow (travaillant sur une série d'illustrations) et de seize autres artistes. Autre détail important… les scénarios étaient prêts. J'ai entamé le dépouillement du scénario (phase qui vise à répertorier, scène par scène, les décors, les accessoires, les objets, les costumes qui s'avèrent indispensables au tournage du film - Ndt) et ai commencé à dresser le budget en juin 2000, puis je me suis envolé pour les Etats-Unis le 6 octobre. Il y avait une vingtaine de personnes déjà sur place travaillant sur le projet. A partir de ce jour-là, nous étions pour ainsi dire tous complètement impliqués dans la présentation de THE MATRIX. A cette époque, Larry et Andy étaient disponibles et ils faisaient le tour des artistes deux ou trois fois dans la journée avec Owen pour voir leur travail. Ils étaient constamment en relation avec Geof Darrow et Steve Skroce travaillant à de nouvelles idées. Ça a été six mois de travail intenses correspondant en fait à la période où ils ont élaboré et agencé les différentes séquences. Ma mission à ce moment là a été quelque peu modifiée pour les besoins du film. J'ai pris en charge la partie budget pendant que Owen, lui, s'est concentré sur la partie design, puis j'ai réfléchi à la manière dont on allait mettre en place notre département, à savoir : quelles étaient les compétences que nous recherchions, combien de personnes devions-nous engager et sur quelle durée ? Je n'interviens pas énormément sur la conception en elle-même. Je m'occupe de la logistique et m'assure que tout est fait. Mais avant de savoir comment on va procéder pour que tout soit fait, il faut d'abord que je sache précisément ce que nous voulons et devons faire et c'est donc une très bonne chose d'être regroupés dans le même ensemble de bureaux et de pouvoir assister au développement des concepts dans leur globalité. Je travaille en étroite collaboration avec Owen. En tant que responsable du département, il avait constamment une vue d'ensemble du projet et effectuait le suivi des opérations. Mon rôle, pour ce qui est de la conception, était en fait de m'assurer que les éléments du décor étaient installés sur les plateaux de tournage avant l'arrivée de l'équipe au grand complet. Lorsque nous avons commencé à travailler sur le premier MATRIX - Owen était déjà chef décorateur sur le premier film - nous étions deux directeurs artistiques : Michelle McGahey et moi-même. Michelle avait un peu plus l'expérience que moi des superproductions américaines. Après avoir lu le scénario, je me souviens avoir fait la réflexion suivante : « hum, bon, on va peut-être le relire ». C'est lorsque nous avons eu accès aux dessins et illustrations mettant en scène le concept que nous avons compris ce qu'on attendait de nous et que nous nous sommes rendus compte du nombre de décors différents qu'il nous faudrait concevoir. Pendant un certain temps, nous avancions un peu à l'image des canards, avec la tête hors de l'eau, affichant un calme apparent et avec les pattes qui moulinent à toute allure sous l'eau, fonçant comme des furieux. C'était un peu plus facile la deuxième fois car l'expérience acquise lors du premier épisode nous a aidé à mieux gérer ce que nous appellerons les 'surprises'. Du point de vue budgétaire, nous avons adopté une conduite identique à n'importe quel autre projet. Il faut simplement s'assurer que vous avez de quoi couvrir l'ensemble des dépenses. Nous avons fait avec Owen une ventilation budgétaire chacun de notre côté puis nous avons comparé le résultat. Owen, étant sur place aux Etats-Unis, savait exactement ce qu'ils étaient en train de faire, ce qui lui facilitait la tâche pour la ventilation, alors que je devais me débrouiller pour établir mon budget à partir d'un exemplaire du script. Il faut faire preuve de méthode. Il y avait approximativement 144 décors, si bien que le tableau de ventilation contenant les données concernant les décors et les données budgétaires atteignait, rien que pour le département artistique, une longueur de 14 pages. Une fois chacun des postes de dépense clairement identifié, le fonctionnement est le même que pour toute autre activité logistique. Il faut attribuer une somme d'argent spécifique à chaque activité. Il faut ensuite additionner les sommes puis diviser le résultat obtenu par le nombre de postes correspondant pour déterminer le nombre de personnes qu'il est possible d'engager. Nous savions que cela allait être quelque chose d'énorme mais nous savions également que si nous nous laissions intimider par l'événement, alors ce serait l'échec assuré. On s'est donc constamment efforcé de se fixer des objectifs en se disant : « on a cette tâche à accomplir, une fois achevée, ce sera parfait. Bon, on en est là, passons à l'étape suivante. Si on arrive à faire ça, parfait ». Nous n'avons pas essayé de concevoir en même temps le dernier décor du film et le premier. Certains décors étaient gigantesques et James avait donc un travail conséquent à fournir. On doit également tenir compte des différents postes de travail dans le déroulement des opérations. Si tu découpes le travail à effectuer en plusieurs blocs et que tu déplaces ces blocs comme les pièces d'un puzzle, ça finit alors par s'ajuster parfaitement. Lorsque nous avons établi notre tableau de bord, nous avons donc procédé au découpage des opérations en bloc distinct et à l'intérieur de chaque bloc, nous avons procédé à une répartition des tâches par personne et par activité, si bien que nous savions qui devait faire quoi. On savait qu'on ne pouvait pas tout contrôler par nous-même, c'est pourquoi il nous a fallu sélectionner (cette sélection représente une étape du déroulement des opérations en soi) des personnes connaissant parfaitement leur métier, à même de faire remonter l'information et qui assurément allaient effectuer un travail répondant à nos attentes. Nous avons été chanceux car nous avons réussi à constituer un groupe homogène. Le département artistique a été une équipe très soudée qui a su finalement relever le défi. Le fait que les réalisateurs aient une vision précise de ce à quoi doit ressembler le film est également un plus et il ne vous reste plus qu'à mettre leurs idées en pratique. Même si chacun participe à sa manière à la conception, on sait d'emblée ce à quoi ça va et doit ressembler. Même si Larry et Andy avaient une idée très précise de ce qu'ils voulaient, comme je le disais juste à l'instant, chacun essayait d'améliorer le design encore un peu plus et de marquer tel ou tel élément de son empreinte. Parfois, s'il arrivait que quelqu'un aille un peu trop loin, l'élément en question était montré à Owen puis pour finir à Larry et Andy et en définitive le design original était finalement respecté. Installer 144 décors sur douze plateaux différents pendant 42 semaines de tournage, c'est un peu de l'ordre du cauchemar sur le plan de la logistique. Nous n'avions jamais rien fait de comparable jusque là. C'est une réalisation dont chacun peut être fier. L'une des raisons pour lesquelles nous avons été à même de réussir cette entreprise tient certainement au fait que Grant et le studio (ou quelle que soit la personne qui prend ce genre de décision) nous ont accordé un délai de pré-production relativement important pendant lequel nous avons pu planifier le déroulement des opérations. C'est un très bon exemple à suivre pour qui est impliqué dans la réalisation de films et doit prendre des décisions en matière de délai de pré-production. Ce tournage est le parfait exemple de la façon dont les choses se déroulent lorsque vous avez un délai de pré-production raisonnable qui permet de bien faire son travail. Très peu de films en dehors de la suite de MATRIX bénéficient d'un tel délai de pré-production. Généralement, vous arrivez sur les lieux du tournage et vous concevez et construisez les décors au pied levé. L'industrie cinématographique australienne a été formidable ces dernières années. Nous disposons de sommes d'argent et de délais limités, ce qui privilégie le régime minceur, tu as plutôt intérêt à savoir comment t'y prendre . En règle générale, à chaque semaine de tournage correspond une semaine de pré-production. On bénéficie donc d'une semaine pour planifier une autre semaine, en fonction de ce qu'il y a à faire. Grant, Larry et Andy étaient très réalistes sur les délais de pré-production qu'ils devaient accorder aux techniciens pour que ces derniers puissent réaliser ce qu'ils exigeaient d'eux. Larry et Andy sont des gens très réalistes. LE DEPARTEMENT ARTISTIQUE Le département artistique disposait d'une équipe aux Etats-Unis supervisée par le directeur artistique sur place Mark Mansbridge. C'est un homme qui possède une très grande expérience. Vraiment, je ne sais ce qu'il ignore. L'équipe américaine disposait de décorateurs et d'un département Construction. Mark et Butch West [coordonnateur de la construction - équipe américaine] ont tous deux l'expérience des superproductions et ils savent donc comment s'y prendre. J'étais impressionné par la façon dont ils ont mis sur pied le décor de l'autoroute. Le fait de construire une portion longue de 3 kilomètres a permis de réduire les coûts et c'est certainement en définitive le décor qui aura coûté le moins cher au mètre carré. Nous avons construit trois grands décors aux Etats-Unis. Cela a été très instructif pour moi de voir comment Butch et Mark s'y sont pris pour mener à bien un projet d'une telle envergure. De retour en Australie, j'ai parlé avec Phil Worth, notre superviseur Construction, de la manière dont Butch travaille et nous avons décidé de s'en inspirer en partie pour en faire profiter notre département Construction. Pour certaines choses, ils n'étaient à mon avis pas aussi performants que nous l'étions ici en Australie et nous n'avons donc rien changé dans ce cas-là à notre manière de faire. Nous sommes probablement le département Construction le plus important en Australie, bien que ce soit difficile à déterminer car les données statistiques diffèrent à ce sujet. Ça dépend de l'humeur je suppose ! En Australie, de nombreux départements dépendent du département artistique. Nous avons par exemple une division chargée de la fabrication des accessoires qui fabrique des choses telles que les miroirs, mais aussi les prises jack qui sont branchées à l'arrière de la nuque de certains personnages du film. Ce service est composé de sculpteurs et d'autres artisans. Pete Wyborn [superviseur de la fabrication des accessoires] et Trevor [Smith, superviseur de la fabrication des accessoires] sont à la tête de ce service. Le département chargé des décors plateau a été pas mal mis à contribution avec les 144 décors construits pour le film. Le département a fait appel à un certain nombre de personnes étant donné la diversité de décors à construire entre ceux de l'univers de la Matrice et ceux du 'monde réel'. Nous fonctionnons depuis un an et demi ici en Australie et nous avons organisé le département de telle sorte qu'il était possible de faire tourner l'équipe et d'avoir en permanence à disposition des personnes aux compétences variées. Cela évitait au personnel de se lasser, ce qui arrive fréquemment sur des productions de cette taille et de cette durée. Brian Dusting était le décorateur de plateau pour l'Australie, assisté de Marian Murray [assistante décoratrice]. Les différentes sections sont vraiment complémentaires. La division Fabrication des accessoires dépend en quelque sorte du département Décors plateau et travaille aussi en collaboration avec le département Construction qui a, par exemple, confectionné ici les décors du film. Nous avons des départements Acier, Plâtre, Bois, ainsi qu'un département Peinture décoration, faisant tous partie intégrante de ce département Construction. Nous avons construit certains des vaisseaux du film et notamment l'hovercraft. Le département Construction et la division Fabrication des accessoires ont collaboré sur ce film pour élaborer l'aspect intérieur du vaisseau, en construisant les commandes et les sièges par exemple. Le découpage des activités sur ce type de production dépend de la manière dont la main-d'œuvre à même de réaliser les tâches a initialement été répartie au sein des différents services. Cela souligne donc à quel point la constitution d'un département est une chose cruciale et cela me ramène aux choix auxquels Owen et moi avons été confrontés, décidant finalement de nous adjoindre les services de Brian, de Pete Wyborn, de Phil Worth, de Tony Bardolph [superviseur Construction] et de Terry Lord [superviseur Construction]. Il a fallu faire de même pour notre département Peinture décoration et constituer une équipe homogène. Chaque lundi, nous réunissions le département artistique au grand complet pour savoir ce que chacun avait fait. Les directeurs artistiques sont chargés de donner des consignes aux techniciens et techniciennes qui travaillent au sein du département. Nous avions donc sous notre coupe, Owen et moi, trois directeurs artistiques qui se sont occupés de la conception artistique du film, à savoir : Jules Cook, Catherine Mansill et Charlie Revai ; chacun ayant des compétences différentes. Ils ont d'ailleurs tous les trois prouvé qu'ils étaient très compétents. Lorsque les spectateurs verront le film, ils comprendront de quoi je parle. Nous avons réparti la fabrication des décors en trois parties, en choisissant au hasard à partir d'une liste à l'aide de trois surligneurs de couleur différente. Par pure coïncidence (on ne compte plus le nombre de coïncidences qui se produisent pendant un tournage de MATRIX), chacun des directeurs artistiques s'est vu attribuer les décors les plus en adéquation avec ses compétences. Il n'y avait rien de délibéré dans tout ça et je ne suis vraiment pas superstitieux… excepté lorsque quelque chose comme cela se produit. Chacun avait entre quarante et cinquante décors à construire, ce qui est énorme. L'EQUIPE Ce n'est pas évident d'établir un rapport entre le nombre de décors que nous avons eu à construire pour MATRIX dans le délai qui nous était imparti et ce qui se fait, disons, habituellement sur les autres films. Pour un film australien, il y a en général une demi-douzaine, voire une douzaine de décors, en plus des lieux de tournage. Vous me direz que ce n'est pas la taille des décors mais bien la durée du tournage qui compte. Les films sur lesquels nous avions travaillé avant avaient tous une durée de tournage allant de six à dix semaines ou un nombre déterminé de jours. La durée d'une journée de tournage et ce qu'il vous est possible d'effectuer en définitive pendant cette journée conditionne en grande partie vos choix en matière de réalisation ainsi que votre budget. Les directeurs artistiques étaient épaulés par un groupe d'assistants directeurs artistiques en charge de la conception des décors, puis venait ensuite le groupe des décorateurs et des dessinateurs. Il y avait, pour les citer, Cindi [Knapton], Karen [Murphy], Damien [Drew], Jacinta [Leong] et Michael [Turner]. La charge de travail était donc répartie graduellement et répercutée jusqu'aux nombreux exécutants, permettant ainsi de faire avancer la construction des décors. Il a donc fallu maintenir cette organisation pendant un an et demi. Les gens rentraient chez eux après une journée de travail de dix ou onze heures, se reposaient le week-end et avaient en définitive un semblant de vie. C'est différent en revanche pour un film dont le tournage ne dure qu'entre six et dix semaines. En général, dans l'industrie cinématographique, je ne sais pas pourquoi mais c'est ainsi (ça explique peut-être pourquoi les gens veulent travailler sur le tournage de Matrix), beaucoup de personnes travaillent sans compter et c'est particulièrement le cas pour le département artistique, le service production, ainsi que pour les départements des effets visuels et des effets spéciaux. L'équipe de tournage a des heures bien définies qu'elle dépasse allègrement. En ce qui concerne le département artistique, nos heures sont également définies mais il n'est pas rare que nous fassions plus d'heures que prévu en période de pré-production - beaucoup plus qu'on ne pourrait imaginer humainement faisable. Nous voulions à tout prix éviter, sur le tournage de Matrix, que le personnel ne souffre de burnout (syndrome d'épuisement professionnel) et conserver un équilibre dans la composition des équipes. C'était très important à nos yeux. Nous pouvions éviter ainsi cet épuisement et le changement de personnel qui en aurait immanquablement résulté. Nous ne souhaitions pas modifier notre équipe de manière à préserver la dynamique de ce groupe. Nous tenions absolument à garder les personnes qui avaient été engagées et qui fournissaient un excellent travail. Nous formions tous ensemble une très bonne équipe. Les assistants-directeurs artistiques assistaient également aux réunions puis repartaient pour initier la phase de réalisation correspondante. Lorsque le directeur artistique se rendait sur un autre de ses décors, les assistants reprenaient celui qui était laissé de côté momentanément. Je travaillais avec trois mois d'avance par rapport au reste du projet. Les directeurs artistiques, quant à eux, travaillaient à la fois avec trois mois d'avance mais aussi au jour le jour. Leurs assistants travaillaient aussi avec trois mois d'avance sur le plan de la conception pendant qu'ils supervisaient au quotidien la phase de construction. Ils vérifiaient la partie peinture, les échantillons et s'assuraient que les travaux étaient exécutés comme prévu. . Une fois le décor terminé, il faut alors passer au suivant et tout faire pour qu'il soit terminé trois mois après. Il fallait donc en trois mois concevoir le décor, obtenir l'accord pour ce dernier, le construire, l'assembler, le peindre et qu'il soit près à être installé en plateau. Nous disposions d'un très grand atelier aux chantiers de Redfern rail, n'ayant pas énormément de place sur le lieu de tournage, dans lequel les décors étaient assemblés, peints, démontés avant d'être emmenés au studio où ils étaient remontés et installés sur les plateaux. Il nous fallait donc toujours penser avec trois mois d'avance. L'équipe de conception avait donc une pression assez forte sur les épaules. Trish Foreman, notre coordinatrice, et son équipe étaient là pour les aider dans leur tâche. Nous avons fait en sorte que cette équipe soit composée de jeunes qui n'avaient pas une grande expérience des métiers du cinéma. Notre producteur exécutif, Grant Hill, a très vite été séduit par l'idée de former un groupe composé de jeunes ayant étudié ou étant intéressés par le cinéma. Il y avait Nick [Tory, assistant de production, département artistique] et Christopher [Tangney, assistant de production, département artistique] qui ont réalisé un certain nombre de nos travaux Photoshop. Il y avait également une jeune fille, Shari Finn [assistante maquettiste], qui nous a aidé à concevoir les maquettes. Trish a engagé Helena [Donohue, assistante coordinatrice], qui avait travaillé auparavant sur le film La reine des damnés, en tant qu'assistante, ainsi que Diana [Valia Chen, assistante de production, département artistique], Angus [Wray, pilote design] et Lauren [Wilbow, assistante de production, département artistique]. Cette équipe a donc aidé l'équipe de conception et a pris en charge diverses tâches. Sur des projets comme ceux-là, on oublie toujours des objets essentiels tels que les réfrigérateurs, les radiateurs, les prises de courant, les lignes téléphoniques parce qu'ils ne semblent pas faire partie des matériels couramment utilisés par le département artistique. L'équipe a également coordonné la distribution des feuilles de service entre les directeurs artistiques et leurs assistants ainsi que de toutes les informations que nous communiquions et qui devaient être diffusées auprès des autres départements. Comme si cela ne suffisait pas, Chris et Nick ont constitué un département "officieux" au sein du département artistique dénommé 'département Conception des logos et T-shirts de l'équipe Matrix'. Je ne sais pas combien ils en ont dessiné à l'heure actuelle, mais jusqu'à maintenant, il y a quatre-vingt-trois vêtements qui circulent, entre ceux confectionnés pour le premier film, pour le tournage aux Etats-Unis ou qui sont en cours de réalisation. Je pense que Nick et Chris ont créé entre vingt et trente T-shirts au cours des six ou huit dernières semaines. Nous avons également sorti un parapluie à l'effigie du département artistique en série limitée, que la plupart des membres de l'équipe ont acheté au profit de deux œuvres de charité. Nous avons appris à rationaliser nos procédés de production grâce à l'expérience acquise sur le premier MATRIX, à d'autres grosses productions américaines et grâce au savoir-faire de Mark Mansbridge et de son équipe aux Etats-Unis. Nous avons également étudié le fonctionnement d'autres entreprises dont l'activité diffère de l'industrie cinématographique et qui sont opérationnelles sur une période supérieure à six, douze ou quinze semaines. Il était question de constituer un groupe de travail qui était sur le point d'investir plusieurs millions de dollars sur un an et demi et qui devait avoir un fort potentiel de production. En définitive, nous avons monté une 'entreprise' qui a aidé une équipe à tourner pendant deux cent dix jours. Ce genre de production implique des centaines de personnes qu'il faut gérer pour que le tournage ait lieu et celui-ci ne doit en aucun cas s'interrompre. C'est comme une énorme machine en mouvement. Nous ne voulions pas en perdre le contrôle, à l'image d'une boule de neige que l'on jetterait et qui n'aurait cesse de grossir en dévalant la pente. Vous préférez certainement qu'elle continue sa course tranquillement mais sûrement et vous ne souhaitez pas le moins du monde qu'elle finisse par tout dévaster sur son passage. Quand vous avez affaire à une grosse équipe, vous avez toujours la possibilité d'en réduire le nombre en cas de nécessité. Nous aurions très bien pu réduire la durée des contrats des personnes qui avaient été engagées mais, en cas d'erreur, il aurait été très difficile de rattraper notre retard. Nous préférions nous tromper dans le bon sens, c'est-à-dire avoir engagé trop de personnel plutôt que d'en manquer, de manquer de main-d'œuvre qualifiée ou de s'apercevoir que les personnes ne s'entendent pas. Dès le premier jour de travail aux studios, nous avons su que nous ne nous trompions pas. Owen et Phil Worth, notre superviseur Construction, font ce métier depuis un bon bout de temps. Rien ne remplace l'expérience. Ils sont capables en regardant un projet de vous dire combien de temps il va vous falloir pour construire tel ou tel élément et quel est l'espace nécessaire. Owen est un gars intelligent. Grant a très bien su, quant à lui, identifier ce que le département artistique devait faire. Il avait déjà participé à des films à gros budget et il sait de quoi il en retourne. Il a été d'une grande aide. Le département Infographie est également une entité du département artistique. Il a conçu les graphismes contenus sur les écrans des vaisseaux ainsi que ceux pour l'ensemble de nos plateaux, tels que les plans d'orientation ou les décomptes d'extinction des lumières, par exemple. Pour le premier film, cela avait été fait par un sous-traitant. Cette fois-ci, cela n'aurait pas été viable, étant donné la durée du projet. De plus, nous avions besoin de personnes qui puissent travailler à plein temps sur ce projet, de manière autonome. Les graphismes sur le premier film étaient de très bonne qualité mais nous pensions qu'il y avait moyen d'améliorer la chose en faisant plancher nos propres infographistes. Nous avons divisé ce département en deux sections. Nous avons engagé Tim Ahern [superviseur technique infographie ] un jeune homme plein d'entrain qui bénéficiait déjà de l'expérience acquise sur Mission Impossible et Planète Rouge. Il a engagé son assistant Damon [Girbon, assistant infographiste]. Rien de ce qui touche à l'infographie ne leur est étranger. Ils ont été très brillants. Puis nous avions également parmi nous Tim Richter, notre superviseur conception infographique, qui a engagé une équipe de graphistes et de programmeurs [Dylan Yeo, Martin Crouch, Carl Braga] qui ont conçu et programmé les graphismes. Les deux équipes emmenées par Tim Ahern et Tim Richter ont travaillé en tandem. Elles démontrent une fois de plus la chance dont nous avons bénéficié pour la composition de nos équipes qui s'entendaient à merveille. Chacun a fait preuve d'une grande ouverture d'esprit en sachant prendre en compte les spécificités tantôt techniques tantôt visuelles qui ne lui étaient pas forcément familières. Je crois qu'ils ont réuni pas loin de deux heures et demie d'images vidéo pour constituer tous les écrans. Le premier décor sur lequel nous avons travaillé pour ce film était le Nebuchadnezzar, qui comporte une soixantaine d'écrans. Le département Finition des décors dépend du département Construction. Ils travaillent en collaboration. Ils ont fait un travail remarquable - tout est vraiment très détaillé. Ils possèdent une technique fabuleuse. A un moment donné, cette équipe était composée d'une cinquantaine de personnes. Avant leur intervention, un décor ou un accessoire se résume finalement à quelques planches de contreplaqué agencées d'une certaine manière. Leur rôle est de le transformer pour en faire ce que les spectateurs voient à l'écran. C'est assez amusant car une fois terminées les finitions des vaisseaux et d'autres décors comme celui de Sion, nos équipes de décorateurs et d'accessoiristes doivent intervenir pour rajouter une couche. Comme pour le premier film, les vaisseaux comportent plusieurs couches, ce qui est également le cas pour Sion - illustré il y a plusieurs années par Geof Darrow dans ses dessins. Une fois le travail des décorateurs et des accessoiristes terminé, l'équipe de finition et les peintres-décorateurs entrent en scène pour mettre un peu de rouille par-ci ou autre chose par-là. En définitive, il y aura eu une constance dans les échantillons tout au long des trois films. On retrouve pratiquement au grand complet, pour le deuxième et troisième Matrix, l'équipe artistique qui avait travaillé sur le premier. Et même si de nombreuses autres personnes sont venues se greffer depuis le premier pour aider à la réalisation de la suite, je pense qu'il y a une très grande constance lorsque l'on met bout à bout les trois films. La qualité visuelle est la même depuis la scène d'ouverture du premier film jusqu'à la fin du troisième. Avec une telle diversité de départements sous la coupe du département artistique, nous avons finalement dû mettre sur pied notre propre service comptabilité ; même si ce dernier était rattaché au service comptabilité du département production. Ce dernier comprend Deborah Eastwood, comptable du département artistique et Vanessa [Edwards, assistante comptable, département artistique]. Déborah gère les finances, et entre autres des dépenses de plusieurs millions de dollars, tenant la barre du navire de main ferme. Ça n'est pas un boulot facile car elle a sous sa responsabilité, d'un point de vue financier, l'ensemble des personnes travaillant pour le département artistique. Le moindre bout de papier, factures ou autres, finit par atterrir sur le bureau de Deborah. Nous avons également un département Véhicules gérant les véhicules utilisés à l'écran. En Australie, ce département dépend du département artistique, ce qui n'est pas le cas du département Transports. La poursuite sur l'autoroute tient un peu de la folie et les gars aux Etats-Unis ont fait un boulot extraordinaire en réussissant à rassembler tous ces véhicules. Ils ont peint les voitures, ils ont assuré les réparations et l'enlèvement après le tournage. Certains jours, il y avait deux cents voitures sur le Freeway. Nous n'avions ici en Australie, en plus des motos, qu'une dizaine de voitures dont s'occupait Anthony McNeil [coordinateur véhicules]. LA DIRECTION ARTISTIQUE En tant que chef décorateur, j'ai eu la chance de pouvoir prendre en charge la direction artistique de l'ensemble des décors, avec pour m'assister dans ma tâche trois autres directeurs artistiques. Le tout étant chapeauté par Owen et les deux frères, à qui reviennent les décisions finales. Bill Pope, le DP [directeur de la photographie] a également un oeil sur tout. J'organisais des réunions avec les directeurs artistiques pour voir où en était chacun des décors. Je n'avais pas besoin de connaître chaque détail, je m'arrangeais plutôt pour avoir une vue d'ensemble. . J'avais tout de même eu l'occasion de rentrer dans les détails lors de la pré-production, sans compter que nous avions discuté d'un certain nombre de choses aux Etats-Unis et je devais donc faire redescendre l'information. Charlie, Jules et Catherine ont concentré leur attention sur les décors qui leur avaient été attribués et n'avaient qu'une vague idée de ce à quoi pouvaient ressembler les autres décors. Nous nous efforcions tout de même de réunir tout le monde lors des réunions pour que chacun puisse avoir un bref aperçu de ce qui se faisait sur les autres décors. Il y a également eu tout au long du projet des réunions de production avec l'ensemble des autres départements ; réunions qui étaient l'occasion d'expliquer à ceux qui utilisaient les maquettes de nos décors (nous avons fait des maquettes de chaque décor) la manière dont on allait s'y prendre pour réaliser telle ou telle chose, de préciser à quel endroit les décors devaient être installés et quel était leur rôle dans le film. Owen faisait le point de manière à ce que chacun puisse avoir une vue d'ensemble du projet, les directeurs artistiques présentaient ensuite tour à tour les maquettes dans les moindres détails, puis si un département avait besoin d'obtenir des précisions, j'essayais de les renseigner, dans la mesure du possible. Au fur et à mesure de l'avancée du projet, chacun est devenu un peu plus autonome et mon rôle en tant que chef décorateur responsable de l'organisation et de la transmission des informations au sein du département artistique est allé en diminuant. Dans les six derniers mois, mon rôle consistait en définitive à veiller sur la bonne marche du service qui continuait à se développer et à résoudre les problèmes qui se présentaient aux trois directeurs artistiques et aux responsables de la construction à mesure que le tournage progressait. Je servais donc d'interface entre ces derniers et Owen, les deux frères ou la production lorsque c'était nécessaire. Nous avions cinquante personnes chargées de concevoir et de dessiner les décors, cinquante personnes chargées de la confection des accessoires, ainsi qu'une vingtaine de personnes chargées de la décoration et de la peinture. Ainsi, entre l'équipe de conception et création artistique, nous n'étions pas loin d'approcher les cent cinquante personnes. Pour ce qui est de la construction et de la finition des décors, nous approchions un total de deux cents personnes. Le département artistique atteignait donc un total de trois cent cinquante personnes. J'ai été amené à faire des choix et des sacrifices en raison du nombre croissant de choses à faire. Lors du tournage du premier Matrix, j'arrivais à assister aux rushes quotidiennement. J'ai dû me résoudre à ne pas y assister cette fois-ci, ne pouvant pas me permettre de rester jusqu'à dix heures du soir à faire cela. C'est Owen qui s'en charge et qui nous tient informé. Encore une fois la technologie vient à notre secours car chaque jour les rushes sont transférés sur DVD et je peux donc m'en procurer une copie et les visionner assis dans mon bureau. C'est la première fois que nous bénéficions de ce confort. Sur le premier film, pour s'assurer de la continuité du film, il était en fait possible de faire transférer une partie sur une bande et de la visionner. Maintenant, il est possible d'avoir ça prêt sur DVD le lendemain pour quatre heures de l'après-midi grâce à l'équipe de montage et nous n'avons plus qu'à visionner les rushes sur nos ordinateurs ou sur l'une des télévisions du département artistique. Généralement, dès lors qu'avait lieu la première journée de tournage sur un décor nouvellement terminé, les directeurs artistiques essayaient d'assister à la diffusion des rushes ce soir-là pour avoir un retour sur leur travail. Les décors sont liés les uns aux autres et le fait de pouvoir analyser leur travail à l'écran leur permet d'anticiper sur ce qu'ils vont faire. Mais avec la pression qu'ils ont connu la première année, il était primordial de pouvoir faire une bonne nuit de sommeil de manière à être en forme le lendemain, parce qu'une fois au travail, pas question de dormir. Quelqu'un m'a demandé récemment comment nous faisions pour savoir ce que voulaient exactement Larry et Andy… et la réponse est simple : ils souhaitaient tout simplement faire le plus grand film de genre jamais réalisé alliant à la fois aventure, action, science-fiction, kung fu, course-poursuite, histoire d'amour et épopée homérique. Telles étaient nos instructions et nous savions donc à quoi nous en tenir. Hugh Bateup (Chef décorateur) HOW THE SEQUELS BEGAN Its
hard to remember dates when youve been working years on THE MATRIX!
Id have to say I started on the sequels somewhere in June 2000,
and we spent a year making the first film, in 1997 and 1998. I went over
to America in 1998 and we did a press junket at the Warner Bros. lot in
Los Angeles. We took the Nebuchadnezzar over, and I got to stay and go
to the premiere of the first film in West Hollywood. As soon as we saw
that, Joel Silver started talking about the next films.
As
far as setting up a structure for the Art Department, we had an American
contingent, and Mark Mansbridge was the Art Director over there. He is
a really experienced man; what he didnt know, theres not around
to know, really. They had a Set Decorating team and Construction Department
over there. Mark and Butch West [US Construction Coordinator] both have
experience on big films, so they know how to deal with it all because
thats what they do.
If
you were to ask me how the number of sets we had to deal with on THE MATRIX
compares to an "average" film, it'd be hard to relate the two.
On an Australian film, there are half a dozen to a dozen sets, and then
locations. I guess its not the size that matters, its the
shooting time. Films that we worked on, up until a few years ago, would
go for six to ten weeks, or however many shooting days. What you can achieve
in a shooting day dictates many of the things you do and what the budget
is.
As
Supervising Art Director I had the opportunity to art direct all of the
sets
but in the context of overseeing the other three Art Directors.
The process had to end up with Owen, he and the brothers sign off, and
Bill Pope, the DOP, gets to have a look at everything too. So the Art
Directors got things to a point and then we had a meeting where we covered
every set - I didnt need to know every detail, I had more of an
overview. I know a lot of details about everything because I did all the
pre-production, and I knew what wed talked about in America, so
I had to get that information to them. Hugh
Bateup
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